Capture d’écran 2015-09-22 à 12.24.31Avec Laurence Fouqueray Le point de vue averti de l’architecte de la Ville

Architecte à la Direction des Affaires Culturelles de la Mairie de Paris, Laurence Fouqueray apprécie Notre-Dame de la Croix. Marches, façade sur la rue Étienne Dolet, élévations extérieures (côté Ménilmontant et côté Belleville), volumes intérieurs, cette église qui donne à voir simultanément plusieurs images d’elle-même lui plaît. « Un programme étonnamment éclectique, quand on songe que c’était une église paroissiale de quartier ! » Elle aime cet édifice religieux, de grande élévation, qui, à la différence d’une église qui se donne à voir comme un tout (c’est le cas de Saint-Augustin), raconte plusieurs histoires.

Une église Napoléon III…

Abordée depuis le bas de la rue Étienne Dolet, l’église peut faire penser, à la façon dont elle est accrochée à la pente, à une église de pèlerinage. Et d’évoquer l’église du Puy. Une rue en pente, suivie de 54 marches qui permettent d’atteindre le plateau de l’église avec encore immédiatement, derrière à la verticale, le porche prolongé par le clocher : « tout dans cette église est fait pour monter, monter et encore monter…» Serait-ce que, pour son architecte, Louis-Jean-Antoine Héret qui a été chargé de construire « en grand » l’église de Ménilmontant, la rencontre avec Dieu se mérite ? Côté rue de Ménilmontant, on a une église, sans histoire particulière avec sa place et son chevet. Pratique, presque sans marche, c’est l’entrée la plus fréquentée. En revanche du côté de la rue d’Eupatoria, on a, avec le hall cocher, une entrée d’église digne de l’Opéra ? Utilisé aujourd’hui comme garage, ce hall cocher permettait aux voitures de l’époque, d’entrer à couvert, de tourner et de sortir. Le fidèle n’avait plus qu’à emprunter l’escalier qui mène au plateau de l’église. Nommé, sur le plan du rez-de-chaussée de l’architecte, « escalier des mariages », il s’agit d’un escalier monumental à rampes droites d’un beau dessin digne « de l’entrée de l’impératrice » ! On est sous Napoléon III.

…de style néo-roman qui « montre » sa modernité

Comme beaucoup d’autres églises parisiennes Second Empire, cet édifice, commandé et réalisé par la Ville de Paris, a été fait pour équiper, sur le plan spirituel, le quartier de Ménilmontant annexé en 1860 à Paris.

Comme les autres, elle « tombe » dans une période de l’architecture en grand débat où tout le milieu de la création architecturale de l’époque cherche dans quel style traiter les édifices religieux. Le style néo-médiéval était à la mode et à Notre-Dame de la Croix, Héret a opté pour un style néo-roman avec un « petit coup de modernité » : les arcs de croisés réalisés en fonte.

Laurence Fouqueray a beaucoup apprécié cette trouvaille architecturale qui, aujourd’hui, apparaît clairement sur le fond clair de la pierre des voûtes : ces petites arcades en fonte ajourée qui reposent sur les tailloirs en pierre des chapiteaux supérieurs de la nef et du transept introduisent dans l’église « la modernité » de l’architecture métallique. On est loin des choix de Baltard pour Saint-Augustin, mais cet élément structurel visible reste intéressant.

Si vous voulez en savoir plus…