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Edito

Le Maître du désir*.

Nous exposer à la Parole de Dieu provoque au moins un double effet sur nos consciences; la Parole nous éclaire sur nos noeuds intérieurs, sur ces lieux profonds où notre liberté s’engouffre dans des impasses. Et en même temps, elle dispense une lumière suffisante pour nous présenter une issue salutaire tout en nous donnant la force de nous y engager. 

Ecoutons saint Jacques: « d’où viennent les conflits entre vous? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes? Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien (…); vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit (…). Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas. » Et pourtant, tout semble déjà offert, il n’est qu’à recevoir dans un coeur ouvert « la sagesse qui vient d’en haut, pure, pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie ». D’ou vient que si souvent nous ne nous saisissions pas de ce qui est donné, offert sans limite?

Ecoutons l’Evangéliste Marc nous rapporter un échange entre les Apôtres. Jésus vient de leur annoncer pour la 2ème fois le mystère de sa Passion et de sa Résurrection. Eux ne comprenant pas, n’osent pas l’interroger. Et les voilà emmenés dans une discussion entre eux -exit Jésus-, pour savoir qui est le plus grand. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas très « synchronisés » avec le Maître qui vient de leur annoncer sa mort par la main des hommes! Jésus revisite alors leur désir de grandeur, leur volonté de puissance: « si quelqu’un veut être le plus grand, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ». Qui mieux que Lui pouvait inviter à un tel renversement? N’est-il pas le Très-Haut qui s’est fait le Très-Bas, le Premier qui s’est fait le dernier, le Maître qui s’est fait serviteur? Et pour enfoncer le coin dans l’ambition de ses Apôtres, Jésus prend un enfant et le place au milieu d’eux, comme il veut se mettre au centre de nos vies: « quiconque accueille un enfant en mon Nom comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille ». Les Apôtres discutaient entre eux, sans Jésus, se laissant aller à « tous ces désirs qui mènent leur combat en eux-mêmes » (cf st Jacques ci-dessus). Jésus se remet au centre, par la figure de l’enfant, dépendant de tout. Accueillir Jésus qui dépend tout entier du Père dans l’amour et la confiance; accueillir Jésus, serviteur de nos vies pour apprendre à servir comme Lui, en Lui. Il n’est pas d’autre chemin pour sortir de nos querelles intestines, retrouver l’élan de la vraie vie et ouvrir nos désirs trop centrés sur nous, à celui, immense de Dieu sur nous. Le Christ est le « Maître du désir »; il vient l’évangéliser pour le tourner vers Dieu. Alors, nous recevons tout. En plus grand. En mieux.

Père Stéphane Palaz, curé.

*Titre d’un livre du père Eloi Leclerc.

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